LM Café : LOVE MONEY CAFÉ
Le Bistrot pour l'emploi, plus que jamais nécessaire
Créé voici quatre ans par d'anciens élèves des Feuillants à Poitiers, le Bistrot du curé pour remploi devient le Bistrot pour l’emploi. L'équipe s'étoffe, le rendez-vous prend de l'ampleur, les chômeurs sont attendus.
« II y a quatre ans, nous avons fait le constat que 70 % des élèves sortis d'école n'avaient pas de travail correspondant à leur qualification » explique le père Jérôme de la Roulière, instigateur et animateur de ce rendez-vous de motivation et d'accompagnement des demandeurs d'emploi. L'idée de départ était de « faire signe aux chômeurs », pour leur apporter une aide dans leurs recherches, lancer des pistes, faire le point des démarches et de ses propres capacités.
Plusieurs facteurs découragent les demandeurs d'emploi dans leurs démarches. Un chômage qui dure éloigne des réalités du marché du travail, on ne sait plus comment exprimer ses aptitudes, quand tout bonnement on ne les gonfle pas, parfois, les difficultés pour se déplacer entraînent certains demandeurs d'emploi à se limiter aux recherches sur l'Internet. Le chômage, c'est un lieu commun que de le dire, isole des amis, il entraîne la perte des réseaux habituels. Au bout du compte le découragement gagne et amène à ne plus avoir l'envie même de travailler. Beaucoup en ont fait le constat. Il est alors très difficile de revenir dans le circuit.
C'est pourquoi l'équipe qui, aujourd'hui, entoure le père Jérôme de la Roulière, a décidé non pas de remplacer les spécialistes du retour à l'emploi- leur intervention est primordiale - mais d'y adjoindre des coachs, comme ils se nomment, des accompagnateurs en fait, qui partagent leur expérience de chef d'entreprise, d'employés, d'anciens chômeurs, passés eux aussi par l'étape recherche d'emploi difficile.
Le choix de développer cette idée
au Love Money Café va bien à James Lay, qui se démène depuis dix ans pour rendre service aux clients qui passent la porte de son café. Évidemment, il fait du commerce, mais il ouvre ses portes à ce type d'initiative pour permettre aux gens de se rencontrer et ainsi de nouer des relations dans un domaine ou un autre.
Car en fait, comme l'explique Vianney Lardeau, un habitué des lieux, « on peut rencontrer des personnes différentes de celles que l'on rencontre habituellement ».
Pierre Rivron, professeur de physique, donne un coup de main à l'équipe « pour se sentir utile, car on est tous capables d'aider un chômeur». Michèle Diaz, médecin du travail à la retraite, est venue parce qu'on lui a demandé. « Je ne connais pas grand monde ici à Poitiers, mais par mon expérience, je peux contribuer à redonner le moral aux gens, en créant une ambiance de chaleur humaine ». Richard Jalbert, commercial, est passé par la case chômage et grâce au Love Money Café, il a pu rencontrer des gens et décrocher un emploi. Aujourd'hui, il renvoie l'ascenseur.
Une réunion mensuelle
Concrètement, le premier jeudi du mois, à partir de 19 heures, les accompagnateurs et les chômeurs qui ont bien voulu franchir la porte se retrouvent autour de la table pour écouter un invité, qui témoigne de son parcours, souvent assez similaire à celui des gens présents. Puis, ayant suscité la curiosité, les participants réagissent à son exposé, posent des questions. Ensuite, on passe au bilan individuel, chacun ayant son coach attitré. « Chaque chômeur a face à lui douze personnes, explique James Lay, ce qui permet de faire émerger les idées ».
Mais que l'on ne s'y méprenne pas, si le réseau est indispensable pour retrouver un emploi, cela n'interdit pas à chacun de se constituer le sien. « Aides-toi, le ciel t'aidera » rappelle Vianney Lardeau, suggérant que si l'accompagnement est un tremplin pour avancer, il ne dispense pas de se prendre en charge. « // faut un minimum de volonté de travailler » poursuit-il. Assez fréquenté dans ses débuts, le Bistrot du curé a perdu des clients, avec la baisse du chômage des dernières années. La crise fait apparaître de nouveaux besoins, et la fréquentation est aujourd'hui repartie à la hausse, avec « des gens en milieu de carrière, explique le père Jérôme de la Roulière, et des mères de famille qui ont suivi leur mari muté ».
Daniel BIRON
Love Money Café 82, me Camot Poitiers. Tél. : 05.49. 41.04.33